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À Mwenga, CCAO restaure les forêts communautaires et ramène les chenilles comestibles dans l’assiette des familles autochtones


À Mwenga, CCAO restaure les forêts communautaires et ramène les chenilles comestibles dans l’assiette des familles autochtones

Portée par l’ONG Climate Change Africa Opportunities (CCAO), championne de la restauration en République Démocratique du Congo et lauréate de la première cohorte du Terra Fund AFR100, une opération de restauration écologique associe 600 jeunes et femmes autochtones à la reconquête de 113 hectares de forêts communautaires au Sud-Kivu.

Une réponse née du terrain

Dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, la forêt recule. Autour de la Réserve Naturelle d’Itombwe, dans les groupements et chefferies de Lwindi, Basile, Ngambwa et Wamuzimu, 65 % des massifs forestiers sont aujourd’hui surexploités et dégradés, principalement sous la pression d’une exploitation forestière anarchique alimentant la production de braise destinée à Bukavu.

Cette dégradation a une conséquence directe, souvent invisible depuis les capitales : la disparition des chenilles comestibles. Pour les communautés autochtones de Mwenga, ces chenilles ne sont pas un produit accessoire. Elles constituent à la fois une source de revenus pour les ménages et une source majeure de protéines, en particulier pour les enfants et les femmes enceintes. Privées des forêts de la réserve, les populations se sont repliées sur les forêts communautaires — elles-mêmes surexploitées, et désormais sans chenilles.

Le résultat est un double choc, économique et sanitaire : le taux de malnutrition atteint 68 % chez les femmes et les enfants de moins de cinq ans.

C’est à cette réalité que Climate Change Africa Opportunities (CCAO) a décidé de répondre.

La solution portée par CCAO : replanter les arbres hôtes des chenilles

CCAO a conçu et mène une Solution fondée sur la Nature (NbS) qui fait converger restauration écologique et sécurité alimentaire : identifier, multiplier et replanter les essences forestières traditionnelles hôtes des chenilles comestibles, aux côtés d’autres essences à maturation rapide.

Le dispositif déployé par l’organisation repose sur quatre leviers :

  • La mobilisation et l’accompagnement des jeunes et des femmes autochtones dans la restauration et la protection des forêts et de la biodiversité ;
  • L’identification et la multiplication des essences forestières hôtes des chenilles comestibles ;
  • La formation de pépiniéristes autochtones, pour ancrer la compétence dans la communauté ;
  • La création de pépinières d’arbres à chenilles comestibles et d’essences à croissance rapide.

L’objectif fixé par CCAO est clair : d’ici décembre 2026, 113 hectares de forêts communautaires restaurés dans leur biodiversité, 600 jeunes et femmes autochtones activement engagés, et 4 200 membres de leurs familles voyant leurs moyens de subsistance s’améliorer.

Une reconnaissance continentale

CCAO a été sélectionnée parmi les 100 organisations championnes de la restauration en Afrique de la première cohorte du Terra Fund AFR100, mis en œuvre par le consortium World Resources Institute (WRI), One Tree Planted et Realize Impact.

Cette sélection est venue confirmer une trajectoire déjà solide : l’ONG a signé et exécute une convention de partenariat avec le Ministère de l’Environnement et Développement Durable de la République Démocratique du Congo, et conduit des projets d’accompagnement des communautés locales et autochtones dans la restauration de blocs forestiers dévastés au Sud-Kivu et dans d’autres provinces de l’Est du pays.

2025 : des objectifs dépassés

Le bilan de l’année écoulée traduit une dynamique communautaire que CCAO a su enclencher et entretenir sur ses huit sites de restauration en territoire de Mwenga.

Parmi les personnes employées, 60 % sont des femmes et 40 % des hommes, tous issus des communautés autochtones. L’ensemble des travailleurs a perçu une rémunération équitable, l’organisation ayant fait de l’égalité salariale une exigence non négociable.

Les objectifs initiaux ont été dépassés sur l’ensemble des paramètres : nombre de bénéficiaires, de volontaires, d’employés, surface reboisée et nombre de parcelles de restauration. Sur les sites, la croissance vigoureuse des plants mis en terre et un taux de survie supérieur à celui de la période précédente confirment la qualité du suivi de proximité assuré par les communautés elles-mêmes.

CCAO a par ailleurs organisé des sessions de formation aux techniques de gestion rationnelle et de monitoring forestier au bénéfice du Comité Local de Lutte contre la Déforestation (CLD) et des Comités Autochtones de Monitoring Forestier (CAMF), réunissant 100 participants.

« Avant, je partais très loin chercher du bois et je revenais souvent les mains presque vides. Aujourd’hui, je travaille dans la pépinière, je sais reconnaître les arbres qui nourrissent les chenilles et je sais les faire pousser. Ce que je gagne ici, je le gagne au même titre que les hommes. Et cette connaissance-là, personne ne pourra me la reprendre. »

— Ngalia, pépiniériste formée par CCAO, site de Irangi

Le vrai changement : une prise de conscience

Au-delà des chiffres, CCAO relève un basculement plus profond, obtenu grâce à de multiples séances de sensibilisation et de mobilisation communautaires : la communauté a redécouvert la valeur plurielle de sa forêt.

Valeur sociale, d’abord, parce que la forêt subvient aux besoins domestiques des populations autochtones. Valeur culturelle, ensuite, comme cadre de communion avec les ancêtres, lieu de rituel et support des us et coutumes locales. Valeur écologique, par l’équilibre climatique et l’énorme potentiel du capital forestier, hydrique et minier de la zone. Valeur économique, enfin, à travers les redevances et taxes issues des produits forestiers ligneux et non ligneux.

Cette prise de conscience s’est traduite très concrètement : enregistrement de volontaires supplémentaires, appropriation des acquis, et implication croissante des parties prenantes dans le suivi et la maintenance des sites déjà restaurés.

« Ma mère ramassait les chenilles dans cette forêt, et sa mère avant elle. Mes enfants, eux, ne savaient plus à quoi ça ressemblait. Quand nous avons commencé à planter, beaucoup disaient que nous perdions notre temps. Maintenant les arbres sont là, debout, et nous les surveillons nous-mêmes. Je ne verrai peut-être pas la grande forêt, mais mes petits-enfants mangeront. »

— Wabiwa, mère de 3 enfants, groupement de [Lwindi / Basile / Ngambwa / Wamuzimu]

Des obstacles surmontés par l’ancrage local

L’année n’a pas été sans difficultés. La dégradation de la situation sécuritaire a ralenti la poursuite des activités et retardé la livraison des matériels. L’impraticabilité des routes a temporairement déconnecté plusieurs sites, tandis que la multiplication des barrières de contrôle entravait le suivi de terrain.

Face à ces contraintes, CCAO a fait le choix de l’ancrage communautaire plutôt que du retrait :

  • Mobilisation des communautés locales pour les travaux d’entretien et de cantonnage des voies d’accès, en particulier vers les sites de Kitamba, Ilibo, Kitale et Kabukimba ;
  • Dialogue direct avec les responsables des barrières de contrôle, aboutissant à des accords de passage et à la sécurisation des déplacements des équipes ;
  • Maintien d’un contact régulier avec les communautés des sites isolés, transformées en relais d’information et en gardiennes des parcelles restaurées.

 

La leçon retenue par l’organisation tient en un mot : la flexibilité relationnelle. Nouer des relations de collaboration avec l’ensemble des acteurs locaux s’est révélé plus efficace que toute solution logistique.

Et maintenant ?

CCAO poursuit son déploiement vers l’échéance de décembre 2026. Chaque arbre hôte planté à Mwenga porte une triple promesse : un écosystème qui se régénère, une chenille qui revient, un enfant qui mange.

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