CCAO et DLDH ont mené à bien un projet de mobilisation communautaire pour la justice climatique et environnementale dans la province du Maniema, en République Démocratique du Congo. Objectif : faire entrer les droits des femmes rurales et autochtones au cœur des politiques climatiques provinciales et nationales.
Dans les villages du Maniema, ce sont les femmes qui cultivent, qui puisent l'eau, qui ramassent le bois. Ce sont elles, aussi, qui encaissent en premier les saisons qui se dérèglent, les récoltes qui manquent et les forêts qui reculent. Pourtant, lorsque se décident les politiques d'adaptation au changement climatique, leur voix reste rarement entendue — et celle des peuples autochtones encore moins.
C'est ce déséquilibre que Climate Change Africa Opportunities (CCAO), en partenariat avec DLDH, a entrepris de corriger. Le projet de mobilisation communautaire pour la justice climatique et environnementale des femmes et des populations rurales et autochtones du Maniema, initié et mené à son terme par les deux organisations, vient de s'achever avec succès.
Du terrain aux bureaux des décideurs
Le cœur du projet tient en un mot : le plaidoyer. Des séances de travail ont été organisées avec les autorités compétentes de la province pour porter une demande claire — que le genre et l'autonomisation des femmes rurales et autochtones soient intégrés dans toutes les politiques et tous les programmes climatiques.
Toutes, cela signifie l'adaptation, l'atténuation, mais aussi l'accès aux technologies et leur transfert. Autant de domaines dont les femmes et les peuples autochtones sont trop souvent écartés au moment de la conception, alors qu'ils en sont les premiers concernés à l'exécution.
À cette demande politique s'ajoute une revendication de fond : la reconnaissance des droits fonciers et environnementaux des femmes et des populations autochtones. Sans sécurité foncière, pas d'investissement durable dans la terre, pas de gestion de long terme des ressources, pas d'autonomie économique réelle.
Trois leviers pour un même changement
Le projet s'est déployé selon trois dimensions complémentaires.
1. Adopter les Solutions Fondées sur la Nature
Le projet a promu l'adoption des Solutions Fondées sur la Nature pour l'adaptation au changement climatique dans les filières agricole et forestière. Cette approche, qui consiste à s'appuyer sur les écosystèmes plutôt qu'à les contourner, a fait l'objet d'un accompagnement et d'un renforcement de capacités auprès de deux publics à la fois : les femmes agricultrices d'un côté, les professionnels de l'environnement — notamment les services techniques de protection forestière — de l'autre. Une manière de faire dialoguer savoirs communautaires et expertise technique.
2. Reprendre la main sur sa production
Produire ne suffit pas : encore faut-il maîtriser ce que l'on produit et ce que l'on en tire. Le projet a donc travaillé à améliorer le contrôle exercé par les femmes et les peuples autochtones sur leur propre production, afin de dégager les ressources nécessaires à la croissance de leurs activités génératrices de revenus. Les bénéficiaires ont en particulier été accompagnées sur les techniques de commercialisation de leurs produits — le maillon où se perd le plus souvent la valeur.
3. Peser sur les communautés et les décideurs
Troisième levier : l'influence. Le projet a soutenu la mise en place d'un plaidoyer à l'échelle provinciale et nationale en faveur des droits fonciers des femmes et des peuples autochtones, doublé de campagnes de sensibilisation au changement climatique auprès des communautés. Faire monter le sujet dans les institutions, donc, tout en l'ancrant dans les villages.
Adaptation et conservation : un même horizon
À terme, l'ambition du projet est double et indissociable : accroître la capacité d'adaptation au changement climatique des jeunes femmes vulnérables et des populations autochtones, et assurer la conservation des milieux naturels dans lesquels elles vivent et travaillent.
Les deux objectifs n'en font qu'un. Les forêts du Maniema ne seront pas préservées contre celles et ceux qui en dépendent, mais avec eux — à condition de leur en reconnaître les droits et de leur en donner les moyens.
C'est le pari que CCAO et DLDH ont fait dans cette province de l'est congolais. Un pari qui, au vu de la réalisation du projet, appelle désormais à être élargi.