Reportée fin 2025 pour raisons sécuritaires, la campagne de plantation de Climate Change Africa Opportunities (CCAO) a été menée à son terme en mars 2026. Les polygones de restauration, collectés et validés en mai 2026, confirment 116,96 hectares restaurés sur les sites de Kamanyola et de Luvungi.
Un paysage sous pression
Au sud de la province du Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo, la plaine de la Ruzizi s'étend sur 644 km² à cheval sur les territoires de Walungu et d'Uvira, le long de la rivière qui marque la frontière avec le Rwanda et le Burundi. En 2016, ce paysage se composait encore de 45 % de terres agricoles, 30 % de forêts, 20 % de prairies, 3 % de zones arbustives et 1 % de zones habitées.
Cet équilibre s'est depuis fragilisé. Sous l'effet d'une croissance démographique rapide, l'agriculture à petite échelle exerce une pression croissante sur les forêts et les ressources naturelles dont elle dépend. La réduction du couvert végétal, l'altération de la végétation de sous-bois, l'exploitation minière, les feux d'origine humaine et le compactage des sols par le pâturage ont considérablement accru le risque d'érosion.
Les conséquences se lisent déjà dans le quotidien des communautés : baisse de la productivité des sols, glissements de terrain et coulées de boue, dégradation de la qualité et de la disponibilité de l'eau potable.
La réponse de CCAO : restaurer par l'agroforesterie
Face à ce constat, CCAO s'est fixé un objectif clair : contribuer à la restauration et à la préservation du paysage végétal et forestier par la plantation d'arbres fertilitaires, forestiers et fruitiers dans les zones touchées par la déforestation — et ainsi renforcer durablement les services écosystémiques du territoire : stockage du CO₂, filtration de l'eau, rétention des sols, bien-être des populations.
La démarche repose sur deux leviers indissociables.
Restaurer avec les communautés, et non à leur place
Le projet accompagne les populations locales — en particulier les jeunes et les femmes petits producteurs agricoles — dans la mise en place d'agroécosystèmes favorables à la préservation des sols, de la biodiversité et à la productivité des terres. Les interventions couvrent Kamanyola et ses environs (Kaboya, Migina, Muroha, Mishimumu, Irohero, Kafunda, Kambara, Ihindiro, Nyarubale, Kalunga, Luleka), ainsi que Katogota et Luvungi.
Améliorer durablement les conditions de vie
La restauration n'a de sens que si elle profite aux ménages qui la portent. L'accroissement de la productivité agricole s'accompagne du développement d'activités génératrices de revenus (AGR) autour de la production et de la vente des fruits issus des arbres plantés et restaurés.
De la pépinière au terrain : le parcours 2025-2026
Au cours du premier semestre 2025, CCAO a acquis de nouvelles semences pour renforcer ses pépinières. Délimitation des espaces, création des plates-bandes, semis, suivi de la germination et arrosage régulier ont permis de mettre en terre 33 335 plantules à Kamanyola et 16 523 plantules à Luvungi.
Le second semestre a été consacré à la transplantation, au suivi et à l'entretien de la croissance. Résultat : 34 737 plantules à Kamanyola et 17 472 plantules à Luvungi ont atteint un développement normal, prêtes pour la mise en terre.
C'est à ce moment précis que le contexte a basculé. Au cours du dernier bimestre 2025, la dégradation de la situation sécuritaire a rendu impossible la mise en œuvre de toute activité du projet dans sa zone d'intervention. Par souci de protection des bénéficiaires et de l'ensemble du personnel mobilisé, CCAO a jugé prudent et responsable de décaler l'achèvement de la plantation initialement prévu en 2025 et de le reprogrammer sur l'exercice suivant.
Cet objectif a été atteint en mars 2026. La campagne de plantation a été menée à son terme sur les deux sites opérationnels.
116,96 hectares restaurés : des résultats mesurés et validés
Le mois de mai 2026 a été consacré à la collecte et à la transmission des polygones de restauration validés pour les sites de CCAO-Kamanyola et CCAO-Luvungi. Ces relevés géoréférencés permettent de documenter précisément l'emprise réelle des surfaces restaurées.
Soit une densité moyenne de l'ordre de 446 arbres par hectare, cohérente avec un modèle agroforestier associant arbres fertilitaires, essences forestières traditionnelles et arbres fruitiers au sein des parcelles cultivées par les producteurs locaux.
Un ancrage communautaire renforcé
Le projet a mobilisé un large réseau d'acteurs locaux. CCAO a employé 278 personnes (dont 42 à temps partiel), fait appel à 192 volontaires et identifié 355 bénéficiaires. Parmi les personnes employées, 61 % sont des femmes et 29 % des jeunes. Tous les travailleurs ont perçu une rémunération équitable, dans le respect de l'égalité salariale.
Cet ancrage s'appuie sur des structures locales pérennes : un comité local des pépiniéristes, un Comité Local de Lutte contre la Déforestation (CLD) et trois Comités Autochtones de Monitoring Forestier (CAMF). Ces instances rassemblent jeunes producteurs agricoles autochtones et locaux, femmes productrices et concessionnaires ou fermiers locaux. Elles pilotent la création, l'agrandissement, l'entretien — désherbage, arrosage, lutte contre les parasites — et la surveillance des sites, conformément au règlement local et au plan de gestion qu'elles ont elles-mêmes adapté.
Quand le numérique rencontre le savoir-faire local
CCAO a intégré des outils numériques au suivi de ses pépinières. L'application mobile Agri4 est utilisée avec des capteurs dédiés à la détection des cultures, aux maladies, aux carences nutritives, aux insectes nuisibles et au contrôle des mauvaises herbes — permettant une mesure continue et précise de paramètres environnementaux et physiologiques des plantes.
En complément, OpenCamera assure la collecte de métadonnées et d'images géolocalisées documentant les activités de terrain. Ce sont ces mêmes pratiques de géoréférencement qui ont permis, en mai 2026, de produire les 58 polygones de restauration validés. En combinant technologie numérique et savoir-faire local, l'organisation garantit un suivi rigoureux de la santé des plants et de leur croissance dans la durée.
Le genre au cœur du dispositif
Le projet a veillé à ce que 60 % des pépiniéristes soient des femmes, 30 % des jeunes et 10 % des concessionnaires et fermiers locaux. Ces trois groupes participent activement à la prise de décision à travers des réunions de consultation régulières à Kamanyola, Luvungi et Katogota.
L'intégration de la dimension genre tout au long de la mise en œuvre poursuit un double objectif : lutter contre les discriminations dont sont victimes les femmes autochtones dans les décisions liées à l'exploitation du paysage forestier, et renforcer la prise en compte de leurs droits spécifiques d'accès et de jouissance à la terre. L'effet est déjà visible sur la participation des femmes et des jeunes filles aux travaux de restauration, à la gestion durable du paysage et à la surveillance des sites.
Un défi surmonté, une contrainte persistante
L'insécurité aura été l'obstacle déterminant de ce cycle de projet. Livraison des matériels retardée, activités de maintenance perturbées, campagne de plantation reportée : les conséquences ont été concrètes. Le site de Katogota est resté isolé, l'accès y étant rendu impossible par de violents combats.
Pour maintenir le cap sur les deux autres sites, CCAO a multiplié les séances d'échange avec les responsables administratifs, en les sensibilisant à la nécessité de mener des activités de restauration responsables. Ces démarches ont abouti à un feu vert pour la poursuite des opérations, assorti de garanties de couverture pour les membres et agents de l'organisation. C'est ce travail de terrain, patient et continu, qui a rendu possible l'achèvement de la plantation en mars 2026 à Kamanyola et Luvungi.
La leçon principale ? La flexibilité et la construction de relations de collaboration avec les autorités administratives locales constituent une condition déterminante de l'accès aux sites — et donc de la continuité de la restauration en contexte fragile. Reporter une échéance contractuelle pour protéger les équipes et les bénéficiaires n'est pas un échec : c'est la condition d'un résultat durable.
« Ces 52 209 arbres n'ont pas poussé dans des conditions ordinaires : ils ont grandi pendant que les combats se rapprochaient, et ils sont aujourd'hui en terre. Si nous avons tenu, c'est parce que les comités locaux, les femmes pépiniéristes et les autorités du territoire ont choisi de tenir avec nous. La restauration de la Ruzizi ne se décrète pas depuis un bureau — elle se construit avec celles et ceux qui vivent de cette terre. »
Trésor Badisungu, Coordonnateur de CCAO
Et après
Avec 116,96 hectares restaurés, 58 polygones validés et une gouvernance communautaire consolidée, CCAO clôt une étape et en ouvre une autre : celle du suivi dans la durée. Les comités locaux assurent désormais l'entretien et la surveillance des surfaces plantées, avec un objectif simple — que les arbres mis en terre en mars 2026 soient encore debout dans dix ans.
Mais la pérennité de ces efforts reste suspendue à une condition que l'organisation ne maîtrise pas.
« On ne restaure pas une forêt sous les balles. Chaque mois d'insécurité, ce sont des plants qui meurent faute d'entretien, des familles déplacées qui abandonnent leurs champs, et des années de travail à reprendre depuis le début. Katogota nous le rappelle chaque jour. Le retour de la paix dans l'Est de la RDC n'est pas seulement une urgence humanitaire : c'est la première condition écologique. Nous appelons toutes les parties, ainsi que nos partenaires nationaux et internationaux, à en faire la priorité — car sans paix, aucun arbre planté dans la Ruzizi n'a la garantie d'atteindre l'âge adulte. »
Trésor Badisungu, Coordonnateur de CCAO
Un projet soutenu par TerraFund for AFR100
Ce projet de restauration du paysage forestier de la plaine de la Ruzizi est mis en œuvre grâce au financement de TerraFund for AFR100, initiative qui appuie les organisations locales engagées dans la restauration des paysages en Afrique, en soutien à l'objectif AFR100 de restaurer 100 millions d'hectares de terres dégradées sur le continent d'ici 2030.
Le bassin du lac Kivu et de la rivière Ruzizi — qui s'étend sur le Burundi, la République Démocratique du Congo et le Rwanda — figure parmi les paysages prioritaires retenus par TerraFund, ce qui inscrit le travail de CCAO dans une dynamique régionale de restauration.
CCAO adresse ses sincères remerciements à TerraFund for AFR100 et à ses partenaires — le World Resources Institute (WRI), One Tree Planted, Realize Impact et la VIA Foundation — pour leur confiance, leur accompagnement technique et leur soutien financier. Cette confiance a été d'autant plus précieuse qu'elle s'est accompagnée d'une compréhension du contexte sécuritaire ayant justifié le report de l'achèvement de la plantation, permettant à CCAO de faire primer la sécurité de ses équipes et de ses bénéficiaires sans compromettre la qualité du résultat.
Nos remerciements vont également aux autorités administratives des territoires de Walungu et d'Uvira, ainsi qu'aux comités locaux, aux pépiniéristes, aux volontaires et aux communautés de Kamanyola, Luvungi et Katogota, sans lesquels aucun de ces 52 209 arbres ne serait aujourd'hui en terre.