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À Mwenga, CCAO fait renaître 450 hectares de forêts communautaires — et avec elles, la chenille comestible


À Mwenga, CCAO fait renaître 450 hectares de forêts communautaires — et avec elles, la chenille comestible

Maître d'œuvre du projet, Climate Change Africa Opportunities (CCAO) a transformé un savoir autochtone longtemps méprisé en stratégie climatique. En territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, 660 jeunes et femmes autochtones ont replanté les arbres hôtes des chenilles comestibles sur 450 hectares de forêts dégradées. Une restauration qui nourrit autant qu'elle séquestre.

Quand le climat change, la forêt se tait

En territoire de Mwenga, les peuples autochtones n'ont pas eu besoin de station météorologique pour constater le dérèglement du climat. Ils l'ont lu dans leur quotidien : des pluies devenues irrégulières, des chaleurs plus dures, des récoltes qui trahissent. Et surtout, un signal que personne dans la région ne peut ignorer — la raréfaction des chenilles comestibles, pilier de l'alimentation, du commerce local et de l'identité culturelle des communautés.

Le diagnostic posé par CCAO au démarrage du projet est sans détour : les communautés perçoivent parfaitement la variabilité climatique à travers ses effets, mais elles ne disposent d'aucun outil pour la quantifier, ni d'aucun dispositif pour y répondre à l'échelle. Pendant ce temps, la pression sur la forêt s'aggrave. La coupe anarchique d'arbres pour la production de braise — pratiquée massivement par les jeunes, faute d'alternative économique — a vidé des blocs forestiers entiers de leur biodiversité.

Le paradoxe est là : la solution existait déjà, sur place. Les ancêtres autochtones de Mwenga avaient développé des pratiques de plantation et de gestion des arbres hôtes de chenilles qui permettaient à la forêt de nourrir sans être détruite. Ces savoirs ont été relégués au rang de « connaissances des pauvres », dévalorisés parce qu'appartenant au passé.

Le pari de CCAO : réhabiliter le savoir avant de replanter l'arbre

C'est ce pari que CCAO a choisi de tenir. En qualité d'organisation réalisatrice du projet, avec PIFEVA (Pilier aux Femmes Vulnérables Actives) comme partenaire de terrain et le soutien financier du programme BASE de la Fondation Avina, CCAO a construit une intervention qui ne plaque aucun modèle importé sur le territoire.

La méthode : adosser une solution fondée sur la nature — la plantation d'arbres hôtes de chenilles comestibles — aux techniques traditionnelles autochtones, puis y greffer un mécanisme de rationalité climatique permettant de mesurer l'effet réel de l'intervention sur le carbone. Le savoir ancestral fournit l'espèce, le geste et le calendrier ; l'outil climatique fournit la preuve.

Neuf villages de la chefferie de Lwindi ont été ciblés : Irangi, Chafunda, Kabukimba, Kitale, Ilibo, Buzinda, Mulole, Lushale et Ngole. Neuf territoires où la forêt communautaire était encore surexploitée et dégradée.

Ce que CCAO a réalisé

Après une phase pilote évaluée puis répliquée à plus grande échelle, le bilan de la mise en œuvre est le suivant :

  • 450 hectares de forêts communautaires restaurés, répartis en 9 blocs forestiers de 50 hectares chacun.
  • 9 pépinières d'espèces forestières à croissance rapide, hôtes de chenilles comestibles, créées et développées dans les 9 villages ciblés.
  • 2 campagnes de plantation successives, conduites par les bénéficiaires eux-mêmes.
  • 660 jeunes et femmes autochtones directement mobilisés, formés et accompagnés — 330 jeunes et 330 femmes.
  • 4 620 membres de leurs familles touchés indirectement par l'amélioration des moyens d'existence.
  • 11 structures communautaires de gouvernance forestière mises en place et accompagnées.

Ces structures — un comité local des pépiniéristes, un comité local de lutte contre la déforestation et neuf comités autochtones de suivi des forêts — constituent le véritable héritage du projet. Elles assurent la plantation, l'entretien, l'agrandissement des pépinières et la surveillance des îlots forestiers restaurés, conformément à un plan de gestion élaboré et adapté localement.

Des jeunes qui coupaient, des jeunes qui plantent

Le changement le plus visible n'est pas comptable. Dans cette zone, la déforestation était largement le fait des jeunes autochtones, contraints par la nécessité économique. Aujourd'hui, ces mêmes jeunes sont en première ligne de la réhabilitation des écosystèmes qu'ils contribuaient hier à détruire. La production de braise a sensiblement reculé dans les forêts couvertes par le projet.

Le second déplacement concerne les femmes. En s'appuyant sur les savoirs historiques non discriminatoires des ancêtres de Mwenga — des pratiques pensées pour répondre aux besoins des hommes comme des femmes sans détruire la forêt — CCAO a inscrit 330 femmes autochtones au cœur du dispositif technique et décisionnel. Les voir s'approprier la restauration de leurs forêts communautaires est un indicateur qualitatif fort : celui d'une participation accrue des femmes à la recherche de solutions aux problèmes socio-environnementaux de leurs propres communautés.

Nourrir aujourd'hui pour protéger demain

Un arbre hôte ne produit pas de chenilles l'année de sa plantation. CCAO a tiré les leçons de l'évaluation de la phase pilote et intégré une réponse à ce décalage : sans revenu de substitution, la pression sur la forêt reprend avant même que les plants n'atteignent leur maturité.

Les 660 bénéficiaires ont donc été appuyés dans la création d'activités génératrices de revenus organisées en groupes, centrées sur des cultures maraîchères à maturation rapide et résilientes au changement climatique. Objectif : absorber le choc immédiat de la crise économique et de l'insécurité alimentaire, et retirer aux ménages la nécessité de retourner couper du bois pendant que la forêt se reconstitue.

Un bénéfice climatique documenté

L'intervention a été passée au crible de l'outil de rationalité climatique afin de vérifier une hypothèse que beaucoup de projets d'adaptation négligent : une action d'adaptation peut elle-même générer des émissions de gaz à effet de serre.

Les calculs conduits sur la composante de réhabilitation des blocs forestiers dégradés par la plantation d'arbres hôtes de chenilles comestibles établissent que le projet est un puits de carbone net. Le changement d'affectation des terres et la séquestration opérée par les 450 hectares replantés compensent largement les émissions liées à la mise en œuvre, et convertissent l'intervention en une production nette négative de GES.

Et maintenant ?

La restauration de la biodiversité s'inscrit dans le moyen et le long terme. Les arbres plantés à Mwenga produiront des chenilles dans plusieurs années ; les comités mis en place devront tenir jusque-là, et au-delà. C'est précisément la raison pour laquelle CCAO a fait le choix d'investir autant dans la gouvernance communautaire que dans le plant lui-même.

Le modèle est aujourd'hui documenté, évalué et réplicable. Il démontre qu'une solution fondée sur la nature, ancrée dans un savoir autochtone et adossée à une mesure climatique rigoureuse, peut simultanément restaurer un écosystème, sécuriser une source de protéines, générer du revenu et séquestrer du carbone. À Mwenga, la forêt et ceux qui en vivent avancent désormais dans le même sens.

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