Introduction
Le changement climatique compte aujourd'hui parmi les défis les plus pressants pour les communautés rurales et autochtones d'Afrique, et tout particulièrement pour celles de la République Démocratique du Congo. Dans la province du Sud-Kivu, ses effets se conjuguent aux inégalités sociales et de genre pour fragiliser un peu plus des populations dont les moyens de subsistance dépendent étroitement des ressources naturelles. En première ligne face à ces bouleversements, les femmes et les jeunes filles rurales et autochtones demeurent pourtant largement tenues à l'écart des espaces où se décident les politiques et les stratégies d'adaptation.
C'est pour répondre à ce constat que l'ONG Climate Change Africa Opportunities (CCAO) a conçu et mis en œuvre, de janvier 2023 à décembre 2025, ce projet de mobilisation et de plaidoyer des femmes et jeunes filles rurales et autochtones en faveur d'une action climatique sans discrimination de genre. Déployé dans six territoires du Sud-Kivu : Bukavu, Kabare, Walungu, Kalehe, Idjwi et Mwenga , il visait à promouvoir l'intégration du genre et l'autonomisation des femmes dans les politiques et programmes d'adaptation, d'atténuation, d'accès et de transfert de technologies face au changement climatique. La réussite de sa mise en œuvre doit beaucoup au partenariat noué avec l'Alliance Nationale pour l'Adaptation des Femmes Autochtones aux Changements Climatiques (ANAFAC), dont l'ancrage communautaire et la connaissance fine du terrain ont largement facilité la mobilisation des femmes et l'appropriation locale des activités.
Le présent rapport final dresse le bilan de trois années de mise en œuvre. Il revient sur le contexte et la justification du projet, ses objectifs et les activités menées, présente les résultats obtenus et les bénéficiaires atteints, puis analyse sa contribution à l'égalité de genre, à l'action climatique et aux différentes questions transversales. Il met enfin en lumière les enseignements tirés, la durabilité et la réplicabilité de l'approche, avant d'en esquisser les perspectives.
Contexte et justification du projet
Au Sud-Kivu, à l'est de la RDC, le changement climatique frappe le plus durement celles et ceux qui portent la moindre responsabilité dans les émissions de gaz à effet de serre et qui disposent des capacités les plus limitées pour s'y adapter : au premier rang, les femmes rurales et autochtones. En raison des rôles sociaux que la société leur assigne et des discriminations qu'elles subissent, ces femmes sont doublement exposées au dérèglement climatique. Le fait d'être une femme accroît en effet la vulnérabilité aux chocs climatiques comme aux transformations de l'environnement et de l'économie, singulièrement en milieu rural, où la subsistance des familles repose en grande partie sur des ressources naturelles (eau, produits de la forêt, agriculture) elles-mêmes très sensibles aux aléas du climat. À cela s'ajoute que les ressources et les marges d'action dont elles disposent pour s'adapter restent étroitement bridées par les inégalités qui les affectent. C'est dans ce contexte que l'ONG Climate Change Africa Opportunities (CCAO) a conçu et mené à bien ce projet de mobilisation et de plaidoyer des femmes et jeunes filles rurales et autochtones en faveur d'une action climatique sans discrimination de genre, afin de promouvoir et d'accélérer l'intégration du genre et l'autonomisation des femmes rurales et autochtones dans l'ensemble des politiques et programmes d'adaptation, d'atténuation, d'accès et de transfert de technologies face au changement climatique au Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo.
Objectif principal du projet
Le projet a contribué à promouvoir et à soutenir des politiques sectorielles favorables au genre et à l'inclusion des femmes rurales et autochtones dans les programmes et actions d'adaptation, d'atténuation, d'accès et de transfert des savoirs, des bonnes pratiques et des technologies, en vue de renforcer leur résilience face au changement climatique au Sud-Kivu (RDC). Gardiennes traditionnelles des ressources naturelles (agriculture, eau, forêt), ces femmes sont au cœur des stratégies climatiques, alors même qu'elles restaient tenues à l'écart des processus de décision.
Bénéficiaires du projet
Le groupe cible principal était constitué des femmes et jeunes filles rurales et autochtones du Sud-Kivu (RDC), dans les territoires de Bukavu, Kabare, Walungu, Kalehe, Idjwi et Mwenga. En tant que gardiennes traditionnelles des ressources naturelles (agriculture, collecte de l'eau et du bois, gestion des écosystèmes locaux), elles sont les plus exposées aux chocs climatiques tout en étant les plus exclues des décisions. Le projet ciblait aussi les communautés locales ainsi que les autorités traditionnelles et politico-administratives, acteurs clés du changement de comportement et des politiques.
Suivi et évaluation
Le suivi et l'évaluation ont constitué une activité transversale du projet, assurée tout au long de sa mise en œuvre (janvier 2023 – décembre 2025).
Un suivi mensuel a été mené sur le terrain dans les six territoires (Bukavu, Kabare, Walungu, Kalehe, Idjwi et Mwenga). La collecte des données reposait sur le logiciel KoboCollect et sur des check-lists standardisées, gages d'une saisie numérique fiable et harmonisée directement depuis le terrain. Chaque mois, l'équipe projet consolidait ainsi les listes de présence des femmes mobilisées et sensibilisées, les comptes rendus des séances de mobilisation communautaire, les procès-verbaux des réunions des Cadres Locaux de Concertation et de Plaidoyer (CLCP), les rapports des actions de plaidoyer et des dialogues multi-acteurs, ainsi que le décompte des émissions radio diffusées. Ce dispositif a permis de mesurer en continu l'avancement des indicateurs de réalisation, de repérer les difficultés et d'ajuster les activités en temps réel, épaulé par des descentes de terrain régulières et des points d'étape périodiques avec les CLCP et les autorités locales.
Deux évaluations ont complété ce dispositif. Une évaluation à mi-parcours, menée au 18ᵉ mois, a permis d'apprécier l'état d'avancement du projet, la pertinence des activités et les premiers effets sur les bénéficiaires, tout en réorientant certaines actions si nécessaire. Une évaluation finale, réalisée au 36ᵉ mois, a mesuré l'atteinte globale des objectifs et des résultats, les changements de comportement au sein des communautés, la participation effective des femmes autochtones à la gouvernance climatique et la prise en compte du genre dans les politiques locales. Les retours des bénéficiaires et des autorités ont alimenté ces deux évaluations.
Conclusion
Au terme de sa mise en œuvre (janvier 2023 – décembre 2025), le projet de mobilisation et de plaidoyer des femmes rurales et autochtones en faveur d'une action climatique sans discrimination de genre a pleinement démontré la pertinence et l'efficacité d'une approche plaçant les femmes au cœur de la gouvernance climatique. Dans les six territoires d'intervention du Sud-Kivu — Bukavu, Kabare, Walungu, Kalehe, Idjwi et Mwenga —, il a permis de mobiliser et de sensibiliser 13 257 femmes rurales et autochtones, de créer et d'accompagner 6 Cadres Locaux de Concertation et de Plaidoyer des Femmes Autochtones, de conduire 6 actions de plaidoyer et 6 séances de dialogue multi-acteurs, et de diffuser 36 émissions radio de sensibilisation. Au total, plus de 106 000 personnes — bénéficiaires directs et indirects, en majorité des femmes et des filles — ont été touchées, aux côtés de 127 autorités traditionnelles et politico-administratives associées à la démarche.
Au-delà des chiffres, le projet a engendré des transformations qualitatives durables. Il a fait bouger les rapports de force et les processus de décision en faveur des femmes autochtones, longtemps écartées des instances de gestion des ressources naturelles et d'adaptation climatique. Grâce aux Cadres Locaux de Concertation et de Plaidoyer, des femmes autrefois sans voix sont devenues des interlocutrices reconnues des autorités coutumières et administratives, à même de défendre leurs droits fonciers, forestiers et environnementaux. Ce faisant, le projet a renforcé d'un même mouvement la résilience climatique des communautés, la cohésion sociale, la sécurité alimentaire, la gestion durable des ressources naturelles et la protection sociale des femmes et de leurs familles.
Cette expérience confirme que l'intégration du genre n'est pas une composante accessoire, mais une condition d'efficacité et d'équité de l'action climatique. En reconnaissant les femmes rurales et autochtones comme gardiennes des ressources naturelles et actrices à part entière de l'adaptation, il devient possible de bâtir des communautés plus résilientes et de promouvoir un développement réellement durable et inclusif. L'approche déployée, à faible coût et fortement ancrée localement, s'est révélée réplicable et extensible à d'autres territoires de la RDC et du continent africain.
Fort de ces acquis, CCAO entend consolider et pérenniser les Cadres Locaux de Concertation et de Plaidoyer, étendre la démarche à de nouvelles communautés et poursuivre son plaidoyer pour l'intégration effective du genre dans les politiques et programmes climatiques. L'engagement de CCAO en République Démocratique du Congo illustre ainsi l'importance de l'autonomisation des femmes rurales et autochtones pour une action climatique efficace, équitable et durable — un modèle au service de la justice climatique et de genre en Afrique.
Enfin, CCAO adresse ses sincères remerciements à Mwanamke Fund et à l'Alliance Nationale pour l'Adaptation des Femmes Autochtones aux Changements Climatiques (ANAFAC) pour son étroite collaboration tout au long de la mise en œuvre de ce projet. Son engagement, son ancrage communautaire et sa connaissance du terrain ont été déterminants dans la mobilisation des femmes rurales et autochtones et dans la réussite des activités menées dans les six territoires d'intervention.
Equipe de Communication CCAO